miércoles, 4 de abril de 2012

Jérôme Robbins / Mats Ek, Ballet de l'Opéra de Paris

Loïc le Duc

Photo : Sébastien Mathé - Appartement de Mats Ek
Marie-Agnès Gillot

La double bill programmée à l'Opéra national de Paris propose une rencontre inattendue entre deux chorégraphes de renom mais très influencés par le monde théâtral. Deux pièces qui évoquent deux communautés d'individus que la musique fait se retrouver. 

Jérôme Robbins se plaisait à considérer l'Opéra de Paris comme sa seconde famille après le New York City Ballet (NYCB). Entre 1974 et 1996, il est lui-même venu accompagner les entrées au répertoire et les reprises des douze ballets qu'il a confié aux artistes de l'Opéra, développant une relation privilégiée avec cette compagnie. Par ailleurs, cette pièce est particulièrement importante pour le chorégraphe. Après des débuts tonitruants, une entrée par la grande porte au NYCB, Robbins s'est éloigné. En 1958, il a même quitté la compagnie, créé les ballets USA, et enregistré de nombreux succès. En 1959, au Festival international de Paris, il décroche le titre de meilleur chorégraphe pour Moves, un ballet sans musique et très novateur. Mais il a aussi confirmé son talent dans le monde des comédies musicales travaillant pour Funny Girl (1964) et surtout West Side Story (1961). En 1969, Robbins revient dans sa maison du NYCB avec Dance at a Gathering. C'est la seconde pièce d'un quatuor dédié aux oeuvres pour piano de Chopin, commencé en 1956 avec le très comique The Concert et poursuivi en 1970 et 1976 avec les poétiques In the night et Other dances. 

Dance at a gathering
Agnès Letestu
Ballet pour dix danseurs, cinq femmes et cinq hommes dansent dans un espace ouvert, avec la pianiste (Ryoko Hisayama) sur la gauche de la scène. Elle joue des mazurkas, des valses, des études, un scherzo et un nocturne - quatorze pièces en tout -, tandis que les danseurs, que distingue dans le programme la couleur de leur costume, répondent à la musique. D'une apparente simplicité, mêlant au vocabulaire académique des traces de folklore slave, Dances at a Gathering explore dans une veine lumineuse, le bonheur d'une communauté célébrant la danse qui jaillit de la musique de Chopin. De la première mazurka, majestueusement interprétée par un Josua Hoffalt, joueur et élégant, au dernier nocturne où l'étoile touche le sol d'une main et où tous les dix interprètes finissent par fixer un point dans le ciel, se déroule l'aventure étrange d'une communauté aux rites un peu mystérieux, aux relations fortes et aux affects puissants. Le public sent les dix personnalités liées les unes aux autres par la musique de Chopin et l'espace qu'ils habitent. Ils semblent être propulsés par des rafales de vent, des impulsions soudaines ou par une rêverie qui déclenche le geste… Tout se passe comme si les dix danseurs se retrouvaient, peut-être après une longue séparation. Evidemment, il n'y a pas d'explications. Et pourtant, leurs rencontres, leurs jeux, leurs amours… laissent sur ce monde imaginaire des empreintes de soleil et d'ombre. Dans cet opus, Muriel Zusperreguy est rayonnante.

Au piano solitaire et la musique de Chopin succède la musique énergique et contemporaine du groupe suédois Fleshquartet. 

Appartement de Mats EK
Les douze "shorcuts" d'Appartement s'imbriquent les uns dans les autres, comme dans un rêve. Pour Mats Ek, tout peut être transposé dans la danse : l'oppression sous ses aspects les plus divers, les rêves et les désarrois de l'âme, la vie amoureuse, le monde de l'enfance… tout en alliant à la fois l'efficacité de l'excès, voire du grotesque, et l'ivresse de l'onirisme. 
Un bidet installé sur le devant de l'immense scène de Garnier tranche face au majestueux rideau rouge. La beauté du premier solo est véhiculée par une Marie-Agnès Gillot époustouflante, qui passe d'élégants mouvements circulaires des bras et des jambes aux signes les plus minutieux du langage des doigts.

Divine surprise avec Vincent Chaillet qui, dans la scène avec le fauteuil devant la télévision, fait des étincelles. Le premier danseur réussit à nous faire sourire et grincer des dents en raison de son investissement et de son expressivité. Et parce que l'humour n'est jamais loin chez Mats Ek, la petite armée de femmes en colère passant l'aspirateur est particulièrement comique. Quant à la scène dans la cuisine, avec l'enfant brûlé sorti du four, elle s'impose comme une réflexion déchirante sur le mariage et la famille. Interprété par Alice Renavand et Nicolas Leriche qui s'attirent et se repoussent, le grand pas-de-deux présente une belle image de l'amour… et s'impose comme une réflexion du prix à payer pour y parvenir. Audric Bezard et Adrien Couvez se distinguent quant à leur maîtrise du vocabulaire ekien, si typique dans la souplesse des torses et les pliés profonds, que ce soit en marchant, en sautant ou à l'arrêt. Autres signes distinctifs de cet univers, les mouvements synchronisés des groupes de danseurs, qui n'hésitent pas à exprimer leur colère ou rappellent, en entrant sur scène, qu'en ce 31 mars, Laure Muret tire sa révérence. 

Appartement de Mats Ek
Vincent Chaillet

Un instant de danse jouissif à en croire l'enthousiasme et les nombreux rappels du public de l'Opéra… touché par l'émouvante Laure Muret, émue par l'hommage que lui ont rendu ses collègues pour son ultime apparition sur la scène de l'Opéra de Paris. 



Représentation du 31 mars 2012.

DANCES AT A GATHERING (53ème représentation)
Rose Aurélie Dupont 
Mauve Eve Grinsztajn 
Jaune Muriel Zusperreguy 
Vert Agnès Letestu 
Bleu Mélanie Hurel 
Marron Josua Hoffalt 
Violet Karl Paquette 
Vert Pierre Arthur Raveau 
Brique Alessio Carbone 
Bleu Christophe Duquenne

APPARTEMENT (35ème représentation)
Marie-Agnès Gillot, Clairemarie Osta, Alice Renavand, Amandine Albisson, Christelle Granier, Laure Muret
Jérémie Bélingard, Vincent Chaillet, Nicolas Le Riche, Audric Bezard, Simon Valastro, Adrien Couvez

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