domingo, 1 de abril de 2012

La Bayadère, Ballet de l'Opéra National de Paris

Photo : Agathe Poupeney
Héloïse Bourdon (Nikiya) / Stéphane Bullion (Solor)

Loïc le Duc

Créée en 1877 au Grand Théatre de Saint Pétersbourg, la Bayadère fut l'une des plus grandes réussites de Marius Petipa avant ses productions de La Belle au bois dormant (1890) et du Lac des cygnes (1895). Conçu en collaboration avec le librettiste Khoudekov et le compositeur Minkus, ce ballet a de quoi séduire par son parfum d'exotisme : tout l'Orient dans une bouteille. Couleurs, tissus, odeurs... servent de toile de fond à ce ballet dans lequel un guerrier indien, pourtant promis à la fille du rajah, tombe amoureux d'une simple bayadère, danseuse du temple de Bouddha. Gamzatti, sa promise, empoisonne la rivale qui meurt sous ses yeux. Alors qu'il fume du narguilé, Solor la voit en rêve, dans un tableau hommage au ballet romantique. 

Photo : Agathe Poupeney
Ludmila Pagliero (Gamzatti) / Stéphane Bullion (Solor)
Mais la Bayadère ne commença à voyager en Europe occidentale que dans les années 1960, époque au cours de laquelle le public put découvrir un extrait de l'acte III, le fameux Royaume des Ombres, ou une trentaine de ballerines descendent un praticable avant d'ondoyer dans une symétrie parfaite côté jardin d'Eden et symétriquement côté cour d'un Paradis d'une indicible beauté. L'opéra de Paris fut, en 1961, le premier à accueillir la troupe du Kirov et ovationna l'interprétation du jeune Rudolf Noureev, alors âgé de 23 ans. Ayant fait le choix de rester en Occident, le Tatar remonta cet extrait en 1963 pour le Royal Ballet puis en 1974, pour le ballet de l'Opéra de Paris. Vingt neuf ans séparent l'esquisse de l'intégrale : longtemps le chorégraphe nourrit secrètement le projet de revenir aux sources de cette Bayadère et de monter l'oeuvre dans son entier en s'appuyant sur une lecture attentive des notes de Petipa et de la partition de Minkus. La chorégraphie de Rudolf Noureev a scrupuleusement conservé toutes les danses de folklore chères à son coeur avec leurs cohortes de personnages indiens typiques (fakir, brahmanes, idole dorée) qui se marient harmonieusement avec les ensembles sur pointes relevant du ballet classique. On ne peut dire ce qui émerveille dans ce ballet... la théâtralité de Noureev ? la virtuosité des variations ? l'impeccable alignement des Ombres ? 
Dans une période encore réente, s'illustrèrent dans les rôles-titres des personnalités aussi prestigieuses qu'Isabelle Guérin, Monique Loudières, Elisabeth Maurin, Laurent Hilaire… 

Photo : Agathe Poupeney
Héloïse Bourdon (Nikiya)
Or, en cette matinée du 24 mars, la direction de la danse de l'Opéra confiait le rôle de Nikiya à la très jeune Héloïse Bourdon, sujet de la compagnie. Initiative qu'on ne peut que louer !
Lors de son entrée, Héloïse Bourdon/Nikiya nous propose très certainement une composition trop retenue… la crainte est de voir une Bayadère évoluer sans grand charisme, et d'assister à un récital sans teint. Mais dès sa première rencontre avec Solor, la Nikiya de Mademoiselle Bourdon s'impose et finit par convaincre : follement amoureuse, le pas de deux, lyrique, fonctionne merveilleusement bien. Outre cette puissance théâtrale qui ira crescendo, la technique de la ballerine est parfaitement maîtrisée, y compris à l'acte III, les lignes et les ports de bras sont incroyables. Seuls les cambrés de la jeune ballerine me laissent sceptiques. Le duo avec Gamzatti (Ludmila Pagliero) est féroce, d'une très forte intensité dramatique. Mademoiselle Bourdon y incarne une héroïne de caractère, dont le tragique naît de la révolte. Virtuose, Ludmila Pagliero, nommée quelques jours avant étoile de l'Opéra de Paris, offre une Gamzatti convaincante, alors que la chorégraphie ne sert pas la composition de son personnage. Stéphane Bullion s'impose comme un partenaire particulièrement attentif, au détriment de son Solor qui n'est vraiment convaincant qu'au IIIème acte. 

L'autre agréable découverte de cette distribution revient à François Alu : sa prise de rôle en Idole dorée s'impose d'emblée comme une référence. Au delà de la technique et de la virtuosité, Alu transcende la scène. Un frisson a parcouru les rangs de Bastille… à tel point que le chef d'orchestre, Fayçal Karoui, a applaudi à la fin de la variation le jeune coryphée, en qui tous les espoirs de la compagnie reposent. 
Sabrina Mallem et Fabien Revillion interprètent quant à eux, une excellente danse indienne. Le corps de ballet masculin, certes moins sollicité que leurs collègues, est plus convaincant et enjoué que le corps de ballet féminin, souvent terne… et l'instabilité de certaines dans le grand adage est quand même trop visible et doit être dénoncé.


Photo : Agathe Poupeney
François Alu





Représentation du 24 mars 2012 - Opéra National de Paris


NIKIYA Héloïse Bourdon
SOLOR Stéphane Bullion
GAMZATTI Ludmila Pagliero
L' IDOLE DORÉE François Alu
L' ESCLAVE Grégory Dominiak
MANOU Aubane Philbert
LE FAKIR Hugo Vigliotti
LE RAJAH Stéphane Phavorin
LE GRAND BRAHMANE Guillaume Charlot
SOLISTE INDIENNE Sabrina Mallem
SOLISTE INDIEN Fabien Revillion
1ÈRE VARIATION Sabrina Mallem
2È VARIATION Valentine Colasante
3È VARIATION Laurène Lévy

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